La politique mécène de l'art. L'exposition qui se tient actuellement à la Marie-Elisabeth-Lüders-Haus dévoile les collections de photographies amassées depuis 1969 par le Bundestag (Parlement). Histoire de voir sous l'oeil de quels artistes les députés prennent leurs décisions, ces oeuvres faisant le tour des bureaux! On retrouve ainsi les oeuvres "plastiques" de Christian Boltanski, Sylvie Fleury, Carsten Höller, Hans Hemmert (voir détail photo), qui côtoient les photographies "historiques" telle la fameuse envolée de la statue de Lénine suite à la chute du Mur...
lundi 28 avril 2008
samedi 26 avril 2008
Wolfgang Tillmans. Lighter

Considéré comme l'oeil documentaire de l'underground festive des années 1990, le photographe allemand Wolfgang Tillmans, dont les premiers portraits s'inscrivent dans la veine trash et crue d'une Nan Goldin, sait aussi faire émaner de ses travaux une grande part de sensibilité. Révéler la face poétique des petites choses de la vie : l'empreinte froissée que laisse un corps sur un vêtement, les plis que forment la peau au détour d'un mouvement, la vue d'un paysage au travers d'une vitre embuée...le tout bercé par la fugacité d'un rayon de lumière quasiment "divin". Le photographe touche aussi à la vidéo pour nous plonger dans des mers de couleurs pures, que ce soit par un gros plan fixe sur un bain bouillonnant de petits pois, ou par l'immersion directe au coeur de la matière picturale d'un rouge éclatant dans les machines d'imprimerie.
Tillmans passe ainsi du thème de l'insoutenable légèreté de l'être à celui de la pure abstraction, par l'expérimentation d'effets lumineux sur la couche sensible du papier photographique. En résulte entre autres de profonds monochromes aux variations colorés imperceptibles, ou encore la célèbre et sublime série des Freischwimmer, qui oscille entre lignes, ombres et subtils camaïeux. Un choix de 200 travaux parmi une oeuvre prolifique faite de photographies, d'installations et de vidéos de 1986 à 2008 est actuellement visible à la Hamburger Bahnhof. A voir absolument!
vendredi 25 avril 2008
Hamburger Bahnhof - Museum für Gegenwart Berlin
Ce qui a de bien à Berlin, c'est d'une part la multiplicité des lieux consacrés à l'art (contemporain), et d'autre part la beauté des espaces qui mettent les oeuvres en valeur. Après les superbes Berlinische Galerie et Neue Nationalgalerie, je visite enfin "Le" musée d'art contemporain de la ville: la Hamburger Bahnhof (gare de Hambourg). Le concept reprend celui d'Orsay: transformation d'une ancienne gare en musée. On pénètre d'abord dans un jardin au milieu duquel trône l'imposante façade néoclassique (1840'), ornée des empreintes de pinceaux de Niele Toroni illuminées par les néons de Dan Flavin.
Ouvert au public depuis 1996, le fonds de la Hamburger Bahnhof est en partie constitué de l'exceptionnelle collection du Dr Erich Marx, dont les oeuvres de grandes dimensions trouvent particulièrement leur place dans cet espace grandiose.
Andy Warhol, Erich Marx, 1978
L''immense halle à trois nefs avec sa
structure de poutres en fer
apparentes, fait en ce moment la lumière sur la colossale bibliothèque en acier et en plomb remplie de photographies (Volkszählung) d'Anselm Kiefer et permet au Berlin circle de Richard Long de s'étendre de tous ses 1245 cm de circonférence (voir photo). Deux galeries latérales, réparties sur deux niveaux, proposent la suite du parcours dans les collections contemporaines. Magnifiques Cy Twombly, une aile entièrement consacrée à Joseph Beuys, entre autres oeuvres des figures majeures du XXe siècle telles Robert Morris, Bruce Nauman, Robert Rauschenberg, Jeff Koons, Matthew Barney, Anish Kapoor...De quoi passer toute une après-midi dans ce lieu magique et envoûtant!
Une partie de l'espace est réservé aux expositions temporaires. Un clin d'oeil en passant aux hilarantes photographies du couple infernal Anna & Bernhard Blume à l'honneur actuellement. Dans la gigantesque superficie située en sous-sol, sont présentées jusqu'au mois d'août une rétrospective Wolfgang Tillmans (voir l'article) et les oeuvres photographiques de la collection Friedrich Christian Flick.
Neue Nationalgalerie
Jeudi 24 avril 08


L'espace visible de l'extérieur étant destiné aux expositions temporaires, une partie des artistes de la Biennale d'art contemporain l'occupent en ce moment.
Avant même de s'extasier sur les chefs d'oeuvre de la collection de la Neue Nationalgalerie (Nouvelle galerie nationale), pause obligée devant le bâtiment même. Ce cube de verre lumineux et d'acier est une réalisation tardive (1968) du grand architecte allemand du Bauhaus, Mies Van der Rohe. Prouesse technique - une ossature ultra légère supporte un immense toit à caissons - ce véritable "temple" version moderne, cache ses trésors dans son sous-sol de granit.
Chronologiquement situées dans la continuité des collections de la Alte Nationalgalerie et juste avant celles de la Hamburger Bahnhof, les oeuvres présentées couvrent donc la période allant du début du XXe siècle aux années 1960. La priorité est donnée aux principaux mouvements avant-gardistes européens : Cubisme (Picasso, Gris, Léger), Surréalisme (Dali, Miro, Ernst), Bauhaus (Klee, Kandinsky, Schlemmer), Cobra (Alechinsky, Jorn, Appel), Art Informel (Wols, Soulages, Fautrier), Nouvelle Objectivité et Expressionnisme allemand en particulier. Quel bonheur d'avoir sous les yeux ces tableaux célèbres si souvent vus dans multitudes d'ouvrages d'histoire de l'art! Le regard sanglant d'Otto Dix sur les horreurs de la guerre comme dans Skatspieler ("Invalides de guerre jouant aux cartes") ; l'angoissante vision proposée par Kirchner de la Postdamer Platz, peuplée de prostituées et autres gens de la nuit aux corps allongés qui s'exposent dans une architecture dont les lignes expressionnistes obliques ne sont pas sans rappeler celles que forment aujourd'hui ses buildings étourdissants ; les caricatures au vitriol de Georges Grosz comme les Piliers de la société forment un ensemble riche et représentatif de la période entre deux guerres. On continue d'arpenter l'art du XXe siècle en se noyant dans les Colour Field de la peinture américaine de Newman et Stella, en passant par le mouvement Zero (Otto Piene , Uecker) ou encore la Nouvelle Peinture de Polke, Richter et Baselitz. En résumé, un beau panorama essentiellement pictural pour revenir aux sources de l'art moderne et réviser ses classiques!
Topographie des Terrors
De ce qui n'est aujourd'hui qu'un grand terrain vague - assez glauque - bordant la Wilhem Strasse et la Niederkirchner Strasse, reste dans les mémoires comme un des lieux les plus terribles de l'histoire du XXe siècle: le quartier institutionnel du Troisième Reich. Bien qu'il ne reste aujourd'hui plus rien du quartier général de la Gestapo, du commandement central et du service de sécurité des SS, photos et documents d'époque sont là pour nous le rappeler dans l'exposition permanente "Topographie des Terrors" (Topographie de la Terreur).
Entre 1933 et 1945, avec la concentration de ces institutions en un site, ce domaine est en effet devenu le quartier gouvernemental du régime national-socialiste SS et de la police d'Etat. C'est là qu'Himmler et ses assistants ont leurs bureaux, d'où sont prises les grandes décisions concernant la persécution des opposants politiques, la "germanisation" des territoires occupés en Pologne et en U.R.S.S., l'assassinat de prisonniers de guerres soviétiques et le génocide des Juifs européens.
L'histoire de ce lieu se poursuit pendant la guerre froide, un morceau de Mur témoin est encore là...
mercredi 23 avril 2008
Architecture contemporaine: balade au coeur du quartier du Gouvernement
Lundi 21 avril 08
S'étendant au nord et à l'ouest de la Postdamer Platz, le Regierungsviertel (quartier du Gouvernement) a totalement transformé le paysage urbain de ces dix dernières années. Emplacement initialement prévu pour l'ambitieux projet "Germania" imaginé par Hitler - la nouvelle capitale du monde dessinée par Albert Speer dans les années 30'-, puis vaste zone en friche bordant le Mur et accueillant des concerts de rock, le Spreebogen (coude de la Spree) s'affirme à présent comme le nouveau centre de la République.
La Paul-Löbe Haus et le Reichstag
Autour du Reichstag et de part et d'autre de la Spree, se trouvent aujourd'hui les maisons Paul-Löbe et Marie-Elisabeth-Lüders. La première, Maison des députés, abrite les bureaux des membres du Parlement ainsi que des salles de conférences.
La Paul-Löbe-Haus vue de la passerelle
Elle est reliée par une passerelle symbolisant la réunification de la ville partagée à la
Marie-Elisabeth-Lüders-Haus, qui renferme les archives du Bundestag. De taille humaine en comparaison aux écrasants édifices qui l'encerclent, cette bibliothèque se pose sur la rive de la Spree comme un havre de paix et de beauté. Sa façade vitrée donne naissance à des reflets variant selon l'intensité lumineuse et mêlant ciel, eau et bâtiments alentours. Un endroit calme et reposant...
Marie-Elisabeth-Lüders-Haus dans le coude de la Spree
Conçus par l'architecte allemand Stefan Braunfels, ces tous nouveaux bâtiments de verre et de béton sont en parfaite harmonie avec celui de la Chancellerie, située à l'ouest, et les huit blocs qui composent la Jakob-Kaiser-Haus, à l'est.
La Chancellerie (au-dessus) et la Jakob-Kaiser-Haus (au-dessous)
dimanche 20 avril 2008
Die Zeit, die bleibt
Soirée théâtre avec la pièce d'Ulf Otto "Die Zeit, die bleibt" (Le temps qui reste) dans la très sympathique Sophiensaele.
Réflexion sur l'avenir, entaché par les catastrophes naturelles, les famines, le manque d'amour et le règne de l'immoralité. Dans une énergie de fin de siècle, six jeunes comédiens ne manquent pas d'humour pour exprimer leurs inquiétudes, incertitudes, perte des repères face aux grands thèmes de la vie, de la mort, de la religion, de l'humanité, etc. Avec pour référence de mode de conduite à adopter les icônes télévisuelles de la pop-culture, ils s'interrogent, un peu perdus ou cloisonnés dans le mensonge, sur leur no future.
Pièce participative, le public se voit affublé d'un casque relié à une petite radio portative dès son entrée dans le bar de la salle, ainsi que d'un mystérieux rouleau de plastique blanc. Une voix lui dicte les instructions à suivre pour le bon déroulement des opérations. Cet appareillage ne quittera le spectateur qu'à la fin ultime de la pièce, le public achevant la représentation au milieu de la cour de la Sophiensaele, en blouse blanche (le mystérieux rouleau de plastique) mi-ange, mi-malade interné, sous le regard quelque peu interrogatif des passants... Une fin autant apocalyptique que drôle donc, qui colle parfaitement aux propos de l'auteur!
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